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Hommage à un des plus grands!!

Hommage à un des plus grands!!
Gaston Rebuffat était un des plus grands alpiniste et surtt un des plus fou!! lol
Sa femme qui lui rend hommage:

Comment évoquer un tel homme sans le trahir?
Il s'en est allé un Vendredi de Mai, discrètement comme pour être sûr d'éviter les curieux . N'aimant ni les apparats, ni les oraisons funèbres, il a eu, selon son désir, les obsèques les plus simples. Son premier guide dans la vie et son ami de toujours, le Père Seinturier, venu spécialement de Marseille, malgré son grand âge, pour lui dire sa dernière messe, pour seul éloge nous a lu quelques unes des si belles lettres parmi la grande quantité que Gaston lui avait écrites.

Naître dans la belle métropole maritime qu'est Marseille, commencer sa vie de jeune randonneur dans le Massif des Calanques, le regard dépassant l'horizon, aurait pu déclencher l'envie de traverser les mers. Il n'y a jamais songé. L'appel de l'altitude, la rudesse de la vie en montagne, dès l'adolescence se sont dévoilés comme un besoin profond. Avait-il ressenti dès ce moment là, que pour remplir sa vie, seules les entreprises difficiles, celles qui apportent des solutions qu'il faut résoudre, seraient à la mesure de son tempérament: toujours rechercher la difficulté - mais non pas le danger - aller de l'avant, tenter, oser, dans l'audace il y a de l'enchantement.

Devenir guide, atteindre à son plus cher désir.

Avec une dispense d'âge, il est entré à la Compagnie des Guides de Chamonix. A partir de là, il s'agissait d'exercer cette profession - hors du commun il faut bien en convenir - au mieux du possible, dans les traditions ancestrales. Par son désir de "savoir", il s'est attiré la bienveillance de quelques uns de ses ainés. Tant de fois il me disait que Firmin Mollier lui parlait des autres conditions importantes pour devenir un bon guide, dont celle d'avoir le respect du client, bien grimper n'était pas tout.

M'a-t-il jamais parlé de ses grands-parents? Je n'en ai aucun souvenir. Par contre, il évoquait les guides de la génération des pionniers comme de son cercle familial et avait installé dans le rôle d'aieux certains grands guides, parmi les grands de cette époque, ceux qui l'avaient particulièrement marqué, pour ne citer qu'Alexis Carrel ou Michel Croz, ces hommes au caractère bien trempé qu'il admirait, avant tout, pour leur sens du devoir et de l'honneur. Il avait glané tout ce qu'il était possible de connaître sur leur façon d'exercer ce métier, au point qu'il m'est parfois venu à l'esprit, qu'en rève, il se soit vu naître à temps pour être choisi comme guide par Wymper, et vivre avec lui la passionnante épopée que fut celle de la préparation de la première du Cervin. C'est dans cet ordre d'idée qu'il a proposé à certains -ceux parmi ses clients qui en étaient techniquement et moralement capables- de leur faire gravir de grandes faces nord, de connaître l'ambiance de ces grandes entreprises.

Résumer une vie aussi bien remplie en quelques lignes m'oblige à ne parler que de ce qui pour lui fut particulièrement important hormis son amour pour la montagne: il s'agit de la considération qu'il avait pour la Compagnie des Guides de Chamonix. Il était si fier d'en faire partie que, même en ville, sur ses costumes, il en arborait l'insigne, c'était sa signature, son identité. Plus qu'en Provence, le bureau des Guides était sa maison de famille, celle où avaient vécu ses ancètres. Après cinq années de lutte pour tenter de vaincre ce cancer qui le détruisait et dont il avait compris qu'il ne viendrait pas à bout, un matin j'ai senti qu¹il venait peut-être de faire le pas le plus difficile de son existence: se rendre à la Compagnie des Guides pour demander d'être rayé de la liste des guides actifs. Depuis combien de temps cette décision trainait-elle dans sa tête? Elle devait le harceler. Cette démarche signifiait déjà la mort, une première mort. A son retour, j'avais deviné, nous n'avons rien échangé, surtout pas un regard, l'intensité émotionnelle de ce geste accompli nous imposait le silence. Ne plus être un vrai guide, ne plus sentir l'odeur du granite, ne plus avoir froid, ne plus avoir soif, ne plus croiser les autres en refuge!

Doté d'une énergie torrentielle et d'une volonté aussi inébranlable qu'une montagne, son cerveau bouillonnait d'idées et de projets, d'où tout ce qu'il a réalisé n'est qu'une petite partie. La renommée d'un guide écrivain-cinéaste-photographe (j'ai en stock plusieurs milliers de diapositives et négatifs) ne se fait pas autour d'un pull Jacquard, si beau soit-il, comme j'ai pu le lire ou l¹entendre parfois. L'origine de ce célèbre pull est fortuite et anecdotique. Ce pull, que j'avais déposé dans ses souliers de Noël quelques années après notre mariage, était un cadeau trop somptueux qui m'avait vallu un blâme affectueux de la part de mon époux!

Il fut une époque bénie où Chamonix pouvait s'enorgueillir d'être une des rares station française ayant une boutique de couture très élégante, dont la maison mère se trouvait place de la Madeleine à Paris: André Ledoux, haute couture sport. A Chamonix, son emplacement était rue Joseph Vallot, à côté de la distinguée Pâtisserie des Alpes; dans sa belle vitrine n'étaient exposés que quelques vêtements de choix, dont ce pull authentiquement norvégien auquel je n'ai su résister, malgré son coût élevé.

Gaston avait en gestation son ouvrage sur la technique, et son talent de metteur en scène lui faisait penser que, pour ce faire, une tenue foncée et dans le même ton correspondrait à ce qu'il désirait démontrer. Ce modèle de pull sobre et élégant s'est avéré comme étant celui qui conviendrait le mieux. Précurseur quant à la pureté de la position du grimpeur, il a créé - peut-on dire - un langage du geste et on lui doit d'avoir aujourd'hui de spectaculaires images de grimpeurs en solo, parfois aussi avec pull jacquard.

Point n'est besoin de dire, si l'on évoque Gaston Rébuffat, qu'il aimait la montagne de toute son âme et sous tous les aspects qu'elle pouvait lui offrir. La place privilégiée ayant été réservée à l'exercice de son métier de guide, l'écriture, puis l'image - statique ou moblile - en furent la suite logique, étant donné sa grande sensibilité envers tout ce qui avait trait à la montagne; il avait inlassablement l'envie de faire partager ce bonheur qu'elle lui donnait et il y est parvenu, à entendre encore aujourd'hui, le nombre de personnes de tous âges qui en conviennent.

Lord John Hunt, chef de l'expédition à l'Everest, écrivait dans un article publié après une de nos tournées de conférences et de présentation de films en Grande Bretagnes: "En même temps qu'un des maîtres de son art, Gaston Rébuffat est aussi un artiste, et le point de vue de l'esthétique ne reste étranger à aucune de ses entreprises. S'il disait dans ses commentaires - le pilier des Drus est comme la perfection, il n'y a plus rien à retrancher - ...à force d'affronter avec calme et une audace qui n'exclut jamais la prudence, les plus belles courses des Alpes, il a, lui aussi, atteint à un parfait équilibre dans la mesure. Tant ses films que ses exposés, jamais emphatiques, sont l'oeuvre d¹un poète, lançant au monde un hymne de l'amour de la montagne".


Françoise Rébuffat

# Posté le samedi 27 août 2005 14:25

Modifié le vendredi 01 juin 2007 06:46

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